Élections prud'homales / Alain Olive, UNSA
Élections prud'homales / Alain Olive, UNSA (Union nationale des syndicats autonomes)
« Renforcer les solidarités »
Le secrétaire général de l'UNSA appelle à une politique européenne coordonnée pour répondre à la crise économique et éviter qu'elle ne devienne une crise sociale. Dernier volet de notre série d'interviews des leaders des syndicats de salariés avant les élections prud'homales du 3 décembre.
Paris.- Bureau DNA
- DNA : Sur quoi axez-vous votre campagne pour les élections prud'homales ?
- Alain Olive : Nous insistons sur l'importance des Conseils de prud'hommes. Mais notre message concerne aussi plus globalement la situation actuelle. Nous vivons une crise financière et économique. Il faut à présent éviter qu'elle ne se transforme en crise sociale.
L'UNSA (Union nationale des syndicats autonomes) plaide depuis longtemps pour un marché régulé et une Europe qui coordonne les politiques économiques. Les gouvernements de l'Union doivent faire des propositions en se concentrant autour d'un principe : le renforcement des solidarités.
Plus les difficultés vont émerger, plus la question des solidarités - avec ceux qui perdent leur emploi, avec les bénéficiaires des minima sociaux, avec les jeunes qui peinent à entrer sur le marché du travail - doivent être au coeur des politiques.
Or nous avons l'impression que la sphère économique est déconnectée de la sphère sociale. Le Président de la République, et de l'Union Européenne, a traité la crise financière avec beaucoup de dynamisme et d'efficacité. Mais il faut aussi réaliser dans le domaine de l'économie réelle ce que les pays membres ont fait pour la crise financière.
Nous étions favorables à un changement des règles du jeu
Je ne pense pas que la solution soit dans la dérégulation du travail du dimanche, le recours plus facile au CDD ou le recul de l'âge de mise d'office à la retraite à 70 ans. Les vraies mesures ne sont pas là !
Il faut une vraie politique de relance de l'investissement au niveau européen. La banque européenne d'investissement pourrait aider à des grands travaux d'infrastructures.
Ensuite, il faut arrêter de poursuivre la dérégulation au niveau européen. Le 16 décembre, nous manifesterons pour protester contre la directive temps de travail qui sera examinée par les parlementaires européens à Strasbourg.
- Que pensez-vous des nouvelles règles de représentativité des syndicats ?
- Nous étions favorables à un changement des règles du jeu, car nous sommes l'organisation qui souffrait le plus de l'ancien système : nous ne pouvions pas nous présenter au premier tour dans les entreprises, nous avons 1 200 procès.
Mais ce qui a été décidé ne nous convient pas. Choisir l'entreprise comme lieu de mesure de l'audience des syndicats pose plusieurs problèmes. Tout d'abord, ce système est un déni de démocratie car il exclut des élections une grande partie des salariés, ceux qui n'ont pas de structures de représentation dans leur entreprises. Nous étions favorables à ce que les prud'homales soient le scrutin retenu, car tout le monde y participe.
Ensuite, ce système change la hiérarchisation des accords conclus entre les partenaires sociaux. L'entreprise devient le lieu de légitimité des accords. Or, dans celles où il n'y a pas de syndicats, les salariés étaient jusqu'à présent protégés par les accords de branche. L'accord d'entreprise ne pouvait déroger à des accords de branche, ou d'interprofession. Avec le nouveau système, on inverse cette hiérarchie.
La CGT et la CFDT ont pris un sacré risque pour le salarié. On l'a vu avec la proposition 17 de la loi du 20 août, qui a ouvert une brèche dans la dérogation des accords pour le temps de travail.
- Les nouvelles règles vont modifier le paysage syndical : vous allez fusionner avec la CFE-CGC ?
- Les nouvelles règles vont amener à un bouleversement du paysage syndical. Notre rapprochement de la CFE-CGC pour atteindre les seuils de représentativité fixés par la loi (10% dans l'entreprise, 8% au niveau des branches et de l'interprofession ndlr) s'inscrit dans une volonté de créer un pôle réformiste. Il ne s'agit pas de patriotisme d'organisation.
L'organisation n'est qu'un outil. Ce qui compte, c'est le but : la création d'un pôle réformiste dans lequel pourront se reconnaître une partie des salariés qui ne sont plus syndiqués. Ce pôle sera basé sur des principes résolument réformistes, laïques, favorables à l'Europe et prônant d'autres modes d'organisation moins bureaucratiques, et moins idéologiques. Nous travaillons à ce rapprochement qui devra être acté par le vote de nos militants, en 2009.
Propos recueillis par Élodie Bécu