Quand la CGT et la CFDT vendent les salariés au MEDEF

Publié le par olivier


« Position Commune »
L’article 17
Ou : quand la CGT et la CFDT vendent les salariés au MEDEF



Les observateurs sont peut-être passés un peu vite sur le contenu de l’article 17 de la « position commune » signé entre la CGT, la CFDT et le MEDEF, CGPME.
Article 17
« Des accords d’entreprise conclus avec des organisations syndicales représentatives et ayant recueilli la majorité absolue des voix aux élections des représentants du personnel peuvent dès à présent, à titre expérimental, préciser l’ensemble des conditions qui seront mises en œuvre pour dépasser le contingent conventionnel d’heures supplémentaires prévu par l’accord de branche antérieur à la loi du 4 mai 2004, en fonction de conditions économiques dans l’entreprise et dans le respect des dispositions légales et des conditions de travail et de vie qui en  découlent »

Il n’aura pas fallu longtemps, pour que les députés Patrick DEVEDJIAN et Jean-François COPE, s’engouffrent dans la brèche ouverte, pour proposer de s’appuyer sur cet accord, et faire sauter le verrou des 35 heures.

La polémique sur les 35 heures se concentre sur le maintien de la durée légale du travail, au point d'occulter toutes les possibilités d'assouplissements envisagées, par ailleurs, par le gouvernement. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, a réitéré son souhait de remettre en cause la durée légale du travail, en rappelant que la fin des 35 heures était un « engagement de campagne de Nicolas Sarkozy ». Outre le soutien des députés libéraux (Jean-Michel Fourgous, Serge Dassault,...), l'élu des Hauts-de-Seine sait qu'il incarne la position de personnalités plus modérées, lassées de voir le sujet des 35 heures revenir chaque année sur la table : « Beaucoup d'élus veulent faire en sorte que les entreprises puissent négocier la durée du travail, et non pas uniquement le contingent d'heures supplémentaires », confirme Jean-François Copé.
Le Ministre Xavier BERTRAND, reste plus prudent, mais jusque quand ?

Il s'en tient, quant à lui, à la ligne fixée par l'Élysée : il est exclu de remettre en cause la durée légale du travail, qui implique la majoration salariale de 25 % dès la 36e heure. Mais les autres assouplissements sont tous bienvenus. Le cabinet du ministre, qui poursuit ses entretiens bilatéraux avec les partenaires sociaux, leur soumet donc plusieurs propositions visant à étoffer la position commune signée, le 9 avril, par le patronat, la CFDT et la CGT au sujet de la représentativité syndicale et du dialogue social. Dans son article 17, celle-ci prévoit que les entreprises puissent négocier leur propre contingent d'heures supplémentaires (jusqu'à 220 heures par an), y compris lorsque la branche impose un seuil plus bas (130 heures par an par exemple).
Le ministre veut pousser la logique jusqu'au bout, en autorisant les entreprises à réduire, voire supprimer, le repos compensateur actuellement imposé par le Code du travail. Aujourd'hui, les heures de travail accomplies au-delà du contingent conventionnel de branche donnent lieu à un temps de récupération de 50 % dans les entreprises de moins de 20 salariés et de 100 % dans les autres. Les entreprises pourraient ramener ce taux à respectivement 0 % et 50 %. De même, les heures travaillées au-delà de 1.607 heures par an, en cas d'annualisation du temps de travail, ne donneraient plus forcément lieu à récupération.
La CGT, signataire, avec la CFDT de cette « position commune » crient au scandale et viennent nous expliquer que ce n’est pas ce qu’ils voulaient. Il est bien temps. A vouloir s’empresser de redessiner le paysage syndical, autour de deux organisations censées à l’avenir représenter tous les salariés, et avec  la complicité du MEDEF et de la CGPME, les organisations signataires ont cédé à ce qui tient le plus à cœur, du Président de la République, du patronat et de la majorité parlementaire, à savoir la dérèglementation programmée du temps de travail.
Alors, où est le « mariage de la carpe et du lapin » ?, qui vend les salariés aux exigences du libéralisme sauvage ? Aux salariés de se faire leur opinion. Il y a ceux qui défendent les salariés et il y a ceux qui disent qu’ils les défendent.
Quand on veut donner des leçons de syndicalisme aux autres, on commence par balayer devant sa porte.




UNSA vers une nouvelle organisation avec la CFE-CGC

Alain OLVE: Editorial UNSA Magazine ° 107

Rassembler toujours et encore !

Telle est notre vocation. En 1993, ce fut la volonté farouche de cinq organisations autonomes de passer outre à tout patriotisme d’appareil qui permit la construction de l’UNSA.
En 1998, ce sont nos amis réformistes de FO qui ont franchi le pas et qui ont donné tout son sens à la construction d’une UNSA interprofessionnelle.
En 2008, c’est avec nos camarades de la CFE-CGC que nous allons engager un processus de rapprochement historique, le premier du genre entre organisations syndicales depuis la guerre.
Par une telle démarche, nous espérons créer une dynamique de rassemblement encore plus vaste et contribuer à lutter contre la division syndicale.
Le mouvement a été lancé le 17 avril par notre Bureau national élargi extraordinaire qui par 62 voix pour, 1 voix contre, 4 abstentions et 10 refus de vote, a approuvé ce processus alors qu’au même moment, il en allait de même pour le Comité Directeur Confédéral de la CGC.
L’UNSA, en initiant ce rapprochement avec la CFE-CGC, reste fidèle à son histoire ainsi qu’aux valeurs et principes qui la fondent.
Nous sommes d’abord fidèles à l’histoire de l’UNSA et à notre Charte syndicale, loi commune, adoptée les 6 et 7 décembre 1994 qui met au cœur de notre démarche, un syndicalisme rassemblé en ces termes : « nous voulons rassembler le syndicalisme réformiste autonome pour participer, le moment venu, avec les confédérations réformistes à la construction d’un grand mouvement syndical en France. »
Nous sommes fidèles à nos valeurs. La constitution de cette grande organisation syndicale réformiste doit être fondée sur les valeurs démocratiques et républicaines que nous avons toujours défendues et au premier rang desquelles figurent la justice et le progrès social, la laïcité, la lutte contre toutes les formes d’exclusion ainsi que l’indépendance vis-à-vis de tous les partis politiques.
Nous sommes fidèles à nos principes car nous estimons que face à la crise de notre modèle social, le syndicalisme ne peut se contenter d’agir aux marges, sauf à ne plus être en phase avec les réactions de ses adhérents et du corps social qu’il est en charge de représenter.
Face aux défis majeurs que constituent une répartition de la valeur ajoutée toujours plus défavorable aux salariés, la précarisation du travail, l’ébranlement de nos systèmes de protection sociale, la menace qui pèse sur nos services publics et qui se manifeste par la réduction drastique de l’emploi public, un syndicalisme réformiste basé sur une analyse pertinente des rapports de force est une arme essentielle au service de salariés.
Les négociations en cours sur la représentativité syndicale et la critique que nous faisons de la « position commune » qui n’est plus commune du tout car rejetée par une majorité d’organisations a joué un rôle d’accélérateur. Il est essentiel désormais de pouvoir construire offrir une offre syndicale nouvelle qui permette au syndicalisme français de remplir avec plus d’efficacité son rôle de défenseur des salariés.
C’est l’espoir qui nous habite.


Le scepticisme comme mode de pensée : une prime aux conservatismes

Jean KASPAR, Consultant en Stratégies Sociales.
   
L’évocation d’un éventuel projet de fusion entre l’UNSA et la CFE-CGC a donné lieu à une série de commentaires plus affligeants les uns que les autres. On a ainsi pu lire ou entendre des formules comme : « le mariage de la carpe et du lapin », « un big-bang syndical », « une arithmétique sommaire », « un séisme dans le paysage syndical » ou encore « quel est l’intérêt d’une telle fusion ? ». Très souvent ce sont les mêmes qui colloquent, dissertent, commentent ou critiquent l’émiettement syndical français, la division des organisations syndicale et leur incapacité à construire, dans la durée, des convergences.

Pour ma part, je me réjouis de voir que deux organisations syndicales se posent la question de leur éventuelle refondation. C’est un acte courageux, lucide qui peut être porteur d’avenir.
Courageux, parce qu’elles devront préciser le sens de leur démarche en montrant que cela peut devenir autre chose qu’une simple addition.

Courageux, parce qu’il faudra apprendre à travailler ensemble, dépasser chacune de leur histoire pour construire une culture et une histoire communes. Courageux enfin, parce qu’il faudra convaincre leurs militants et leurs adhérents pour que ces derniers ne restent pas enfermer dans leur patriotisme organisationnel et cela ne sera pas la chose la plus facile.
C’est aussi un acte lucide. L’émiettement syndical est le résultat de l’histoire et d’un enfermement idéologique pour certains. S’il ne faut pas ignorer l’histoire et les différences qui peuvent exister entre les organisations syndicales, il ne faut pas non plus rester prisonnier de l’histoire ou faire des différences entre les organisations syndicales, des frontières infranchissables. Ce qui doit compter, ce n’est pas le regard nostalgique sur le passé mais les défis que le syndicalisme doit relever pour continuer à être un producteur de justice, d’émancipation, de solidarité et de liberté.

L’émiettement syndical de notre pays n’est bon ni pour le syndicalisme, ni pour l’efficacité du dialogue social, encore moins pour les salariés. Le chemin choisi par l’UNSA et la CFE-CGC n’est pas facile. Il est semé d’embûches et de difficultés. Par cet acte, ces deux organisations traduisent concrètement l’idée qu’un syndicat n’est pas une fin en soi. Il est un outil indispensable au progrès économique, social, culturel et démocratique et comme tout outil,le syndicalisme doit s’adapter, évoluer et éventuellement se reconfigurer pour être toujours plus efficace. D’autres pays l’ont fait. Pourquoi le syndicalisme français serait-il condamné à être incapable de transcender son histoire pour un avenir plus prometteur ?

Entre le scepticisme et l’optimisme, je choisis l’optimisme de la raison et de la volonté pour juger un tel événement.


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